Priorité aux patients : Plan d'action en matière de soins de santé

Allocution du ministre, le Dr Eric Hoskins

2 février 2015

Regardez le ministre, le Dr Eric Hoskins, parler de Priorité aux patients : Plan d'action en matière de soins de santé. [en anglais seulement]

Sous réserve de modifications

Bonjour tout le monde. Andrea, je suis ravi d'être ici parmi vous à l'Empire Club. C'est formidable. J'ai demandé à plusieurs membres de mon personnel au ministère d'être ici pour ce déjeuner. En effet, je craignais qu'il n'y ait personne à cause de la tempête. Je tiens à saluer le sous-ministre Bob Bell, qui est ici, ainsi qu'un certain nombre d'autres dignes représentants du ministère.

C'est un honneur pour moi de prendre la parole devant vous aujourd'hui, car je sais que nous travaillons tous pour une cause commune – une cause envers laquelle je suis profondément engagé, de même que notre première ministre, Kathleen Wynne. Je tiens à vous remercier d'être venus aujourd'hui et de manifester un tel enthousiasme envers l'amélioration des soins de santé pour la population de l'Ontario. Mesdames et messieurs, nous avons fait beaucoup de progrès ensemble. Les soins de santé constituent indéniablement l'une des questions les plus importantes auxquelles notre gouvernement soit confronté; c'est une préoccupation pour nous comme pour nos concitoyens. Les enjeux sont importants. Sans vouloir exagérer, les décisions que beaucoup d'entre nous prennent dans le cadre de leur travail ont des conséquences sur la vie et la mort de plusieurs personnes. Comme beaucoup d'entre vous, c'est une cause que j'ai toujours défendue ardemment au cours de ma carrière professionnelle.

Vous pourriez penser que c'est à la faculté de médecine que j'ai acquis tout mon savoir, mais franchement, ce n'est pas vraiment là que j'ai appris tout ce que je sais au sujet de la santé – et de ce qu'il faut faire pour promouvoir et maintenir des collectivités saines. Les soins de santé ne sont pas simplement l'application des connaissances en anatomie, en physiologie, en biochimie ou en pharmacologie. Celles-ci ne sont, comme nous le savons, qu'un morceau du casse-tête, et en plus, d'après mon expérience, l'aspect le plus facile à négocier dans le domaine de la médecine; croyez-moi sur parole... Mais bien sûr, nous savons tous que la santé ne concerne pas uniquement la science ou le milieu clinique. C'est le point de convergence de l'administration, de la démographie, de l'économie, de l'éthique et même, dans certains cas, de la politique. Non celle qui est menée par les partis politiques, même s'il y a un peu de cela aussi. Il s'agit surtout des valeurs qui nous sont communes en tant que société, et aussi de l'histoire, de la mondialisation et même de l'éducation. Par-dessus tout, les soins et la santé, ça concerne les gens. Ça concerne la protection et la promotion des droits des personnes, notre mieux-être et, dans les moments difficiles, le soulagement de la douleur.

Nous tous, dans cette salle, oeuvrons dans un domaine à la fois très complexe et, paradoxalement, très simple. Notre oeuvre, c'est tout bonnement d'être des humains. Ce n'est pas depuis toujours que j'envisage ainsi la santé ou les soins de santé, ou même mon rôle en tant que médecin et professionnel de la santé publique, mais en fait, ma perspective a rapidement évolué peu de temps après l'obtention de mon diplôme à la faculté de médecine de McMaster. J'ai stocké mes manuels de médecine dans le sous-sol de la maison de mes parents à Simcoe, j'ai pris mon stéthoscope et je me suis rendu quasiment à l'autre bout du monde : Khartoum, au Soudan. J'étais jeune alors, je me pensais invincible, j'étais probablement trop sûr de moi, comme le sont souvent les médecins frais émoulus. Je suis arrivé au Soudan prêt à sauver des vies. Eh bien, c'est le Soudan qui a changé ma vie à la place.

Pendant que je faisais du travail humanitaire et que je prodiguais des soins, mon collègue de bureau à la faculté de médecine, un Soudanais au caractère affable qui s'appelait Mohammed, faisait des pieds et des mains pour former des légions de jeunes médecins soudanais afin de les aider à résoudre les crises sanitaires de leur pays: épidémies, malnutrition, taux élevé de mortalité maternelle, espérance de vie qui oscillait autour de 42ans, ce qui, pour donner un peu plus de contexte, est beaucoup plus jeune que tous les députés qui siègent à l'Assemblée législative provinciale en ce moment, sauf Yasir Naqvi bien sûr. Mohammed et moi travaillions côte à côte, sur nos chaises en plastique et derrière nos tables pliantes en métal, souvent plongés dans l'obscurité, sans électricité, avec des températures qui atteignaient 45 degrés Celsius. Nous ne parlions jamais de politique. C'était un homme tranquille et dévoué qui partageait souvent avec moi son repas du matin : un ragoût de haricots à la Soudanaise.

Au Soudan, les médecins n'étaient pas connus pour leur engagement politique. Très peu en parlaient ouvertement. D'ailleurs, avant mon arrivée, lors d'un soulèvement et d'un coup d'État militaire, on avait reproché aux médecins en général d'avoir gardé le silence pendant que les cadavres s'empilaient dans la rue. Malheureusement, ce coup d'État n'était que l'annonciateur d'un autre, encore plus sanglant et terrifiant. Environ un an après mon arrivée au Soudan, un autre revirement politique s'est produit : l'installation du gouvernement d'Omar el-Béchir, celui-là même qui, ne l'oublions pas, a été mis en accusation devant la Cour pénale internationale pour crimes de guerre commis pendant le récent conflit au Darfour.

Mais cette fois, les médecins ne sont pas restés silencieux. Mohammed et ses collègues de l'Union des médecins ont levé la voix pour dénoncer les abus dont ils étaient témoins, ainsi que les menaces à la vie civile et la misère qui ont suivi. Et puis un jour, on n'a plus vu Mohammed dans notre bloc de béton avec son ragoût de haricots. Au bout de quelques jours, je suis allé rendre visite à sa famille, pensant qu'il souffrait peut-être de paludisme – une maladie qui m'avait frappé quelques mois auparavant. Mais à mon arrivée, j'ai appris que Mohammed n'était pas malade, mais porté disparu. Quelques jours plus tard, on a remis son corps à sa femme et à ses enfants. Il était couvert de brûlures et de bleus et tous ses ongles avaient été arrachés.

Ce n'est pas le seul médecin et militant des droits de la personne que j'ai connu et qui a brutalement perdu la vie, tout simplement pour avoir essayé de garder les gens en vie et à l'abri. La santé et les droits de la personne sont indivisibles. Qui nous sommes et ce que nous représentons, en tant que démocratie et société qui valorise la vie humaine, et qui croit en la dignité et au respect pour tous... cela est important non seulement pour la santé, mais aussi pour tout le secteur des soins de santé. Les notions d'équité, d'accès et d'universalité – ce ne sont pas juste de grands idéaux qui inspirent des discours politiques enflammés. Ce sont des principes pour lesquels nous luttons pour les défendre de toute notre âme, parce qu'en fait, nos vies en dépendent vraiment.

La question n'est donc pas de savoir si le système est impossible à maintenir; si les soins de santé universels sont inaccessibles, ou si des solutions à deux vitesses sont viables. Ces questions présument que les principes d'universalité, d'équité et d'accès aux soins de santé peuvent être mesurés en degrés; et que de tels droits sont de nature relative. Ce n'est pas une vision des soins de santé que je préconise, ou que le gouvernement appuie. Au lieu de cela, nous devons aborder les défis auxquels font face les soins de santé d'un point de vue différent, c'est-à-dire que si nous croyons en ces droits à la santé et aux soins de santé – comme nous le faisons – alors les questions que nous devrions vraiment nous poser sont celles-ci : comment assurer l'universalité, comment améliorer l'accès et comment offrir des soins de la meilleure qualité qui soit? Chaque décision que j'ai prise en tant que ministre de la Santé est axée sur de telles considérations, qui continueront à inspirer ma prise de décisions.

Oui, il y a des réalités économiques et démographiques, et nous ne comptons pas nous esquiver. Notre population vieillit. Nos ressources financières sont limitées. Mais ce sont des difficultés que nous pouvons surmonter ensemble, avec de la détermination et une petite dose d'ingéniosité. C'est simplement une question de choix, qui doivent être ancrés dans les données factuelles et dans l'expérience. Des choix qui donnent la priorité aux patients parce que pour accomplir un meilleur travail dans les soins de santé, il faut comprendre et prévoir les besoins de nos concitoyens, et promouvoir les modèles qui les servent le mieux. Il ne s'agit pas de nous, qui sommes présents ici. Il s'agit de ce que nous pouvons faire pour eux. Il ne faut jamais l'oublier.

En fin de compte, vous vous demandez peut-être quels sont, en fait, mes plans pour les soins de santé dans notre province. Eh bien, j'aimerais passer quelques minutes à vous parler de ces priorités, de nos priorités en tant que gouvernement, parce que je ne suis pas quelqu'un qui se contente de fignoler des points mineurs. D'après moi, il existe pour notre province une énorme chance de prendre les devants; de faire la preuve d'une vision audacieuse pour un système universel de soins qui, avant tout, améliore les résultats des patients et permet de faire meilleur usage de nos ressources financières.

Dans sa première mouture, le Plan d'action en matière de soins de santé de la ministre DebMatthews promettait d'être axé sur les patients de façon « obsessionnelle ». Priorité aux patients, notre nouveau plan d'action, s'appuie sur cet engagement en faisant état du fait que le système de santé appartient aux patients, aux Ontariennes et Ontariens; donc, ce plan s'adresse à eux. Il est façonné par leurs expériences et cherche à les habiliter. Commençons donc par où les patients veulent commencer : l'accès. Si nous voulons que notre système serve chaque patient, nous avons besoin de soins rapides, opportuns et adaptés, ce qui signifie également redéfinir l'accès du point de vue du patient. Que pourrait être une telle redéfinition? Eh bien, pour commencer, nous devrions être fiers, parce que 94 % des Ontariens ont un fournisseur de soins primaires, deux millions de plus qu'il y a dix ans. Mais 6 % n'en ont toujours pas, et l'accès opportun aux soins primaires et spécialisés demeure un défi.

Nous avons besoin d'une porte d'entrée vers notre système médical qui est ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Cette porte d'entrée devrait être un système de soins primaires dynamique – avec des soins intégrés, coordonnés et prodigués en équipe, mettant à profit les compétences de plusieurs fournisseurs de soins de santé, avec moins de patients orphelins. C'est ainsi qu'on peut vraiment donner la priorité aux besoins des patients, et donc je salue ici le travail de David Price, d'Elizabeth Baker et des membres du Groupe consultatif d'experts sur les soins primaires qui ouvrent la voie à la réforme des soins primaires. Nous devons nous assurer que nos travailleurs de la santé sont en mesure de faire bon usage de leurs compétences et de leur formation, en continuant à élargir les champs d'exercice, et nous devons regarder au-delà des limites traditionnelles du cadre des soins, parce que la technologie pour ce faire existe déjà. Cela me fait penser à une blague très révélatrice que j'ai entendue durant une réunion d'information par un prestigieux dirigeant en milieu hospitalier. Dans les années 1990, les seules personnes à utiliser des téléavertisseurs étaient les médecins et les trafiquants de drogues. Et puis, les trafiquants de drogue sont passés à autre chose. On n'a même pas besoin d'aller chercher les innovations nécessaires pour changer les choses, parce qu'on les utilise dans tous les autres aspects de la vie.

Imaginez : un enfant a une éruption cutanée bizarre, et sa maman l'amène à son médecin de famille qui n'est pas certain du diagnostic. Au lieu d'attendre huit semaines pour obtenir une consultation, avec toute l'inquiétude que cela entraîne chez les parents et l'enfant, le médecin de famille peut envoyer une photo numérique à un dermatologue et recevoir un plan de prise en charge, bien souvent avant même que la famille ne quitte son cabinet. On peut faire ça à présent. En réalité, de tels bienfaits sont possibles quand on donne la priorité aux patients. Mieux encore, un des plus grands défis auxquels est confronté notre système de soins de santé lorsqu'il s'agit de l'accès concerne les personnes ayant besoin de services de santé mentale et de dépendances – non seulement des soins actifs, mais des soins et soutiens de plus longue durée qui sont axés sur le patient. C'est pourquoi nous faisons des investissements ciblés, comme les 138 millions de dollars sur trois ans pour amener plus de services de santé mentale dans la collectivité, et offrir des services de soins et de soutien continus rapides, efficaces et réactifs qui traitent les patients comme des personnes humaines et qui font tomber les barrières auxquelles les personnes aux prises avec des problèmes de maladie mentale et de dépendances sont trop souvent confrontées.

Grâce à la collaboration, nous avons déjà fait d'immenses progrès dans le domaine de la santé mentale. Pour les trois premières années, notre stratégie met l'accent sur les services de soutien de la santé mentale pour les enfants et les jeunes. Près de 800 travailleurs supplémentaires en santé mentale offrent maintenant des services pour les enfants et les jeunes dans nos collectivités, écoles et tribunaux. Et nos services de télésanté mentale offrent près de 3 000 consultations psychiatriques, cette année seulement, au profit des enfants et des jeunes dans les collectivités rurales, éloignées et insuffisamment desservies.

Pour mettre à profit ce succès, nous avons demandé à Susan Pigott – chef de file dans le domaine – de prendre la présidence du Conseil consultatif pour le leadership en santé mentale et en lutte contre les dépendances, et j'ai hâte de travailler avec eux, et avec vous tous, afin de mettre en oeuvre la prochaine étape de cette stratégie. Chacun d'entre nous dans cette salle sait que le fardeau de la maladie est en train de changer profondément, passant des maladies infectieuses et des urgences à des maladies plus chroniques, associées aux changements démographiques qui s'opèrent partout dans la province et dans le monde. Un système de soins de santé efficace et efficient doit être tourné vers l'avenir. Les besoins des Ontariens évoluent, et notre secteur doit continuer à évoluer de concert avec eux, pour prédire, plutôt que de réagir, afin que nos interventions soient intelligentes, ciblées et efficaces. Dans la même optique, nous devons reconnaître que l'accès aux soins de santé dépend aussi de la connectivité. J'ai déjà mentionné la connectivité dans le contexte des nouvelles technologies et des possibilités que nous avons de fournir aux patients des services plus rapides et holistiques, mais il existe d'autres moyens pour renforcer la connectivité afin d'offrir aux patients des soins intégrés et coordonnés. Mentionnons par exemple le secteur des soins à domicile et dans la collectivité.

L'expérience actuellement vécue par nos proches dans ce secteur, comme en témoignent les commentaires reçus de milliers de personnes et de familles, est inégale et décousue, et je sais que nos soignants s'en rendent compte jour après jour. Prenons, en premier lieu, les besoins de nos aînés. Naturellement, plusieurs d'entre eux veulent rester chez eux aussi longtemps que possible. Cela vaut mieux pour eux, et aussi pour le système de santé. Mais pour ce faire, ils auront besoin de soutiens plus flexibles, fiables et abordables de soins à domicile et dans la collectivité. Nous devons également adopter des normes rigoureuses de soins pour assurer leur sécurité, et nous devons surveiller nos progrès à chaque étape afin de nous assurer que les patients reçoivent les services de qualité qu'ils méritent. C'est pourquoi nous travaillons en étroite collaboration avec Gail Donner, présidente de notre groupe de travail sur les soins à domicile et dans la collectivité, pour nous aider à accroître la capacité actuelle, à moderniser la prestation et à améliorer l'expérience vécue par les patients, les familles et les soignants. Le moment est venu de transformer les soins à domicile et dans la collectivité, et je me suis engagé à ce que cela se fasse.

Les Maillons santé sont fondés sur cette même approche axée sur les patients, dans ce cas la prise en charge de patients à haut risque. Le morcellement des soins primaires et les lacunes dans la continuité des soins entraînent des coûts. Nous savons que 5 % de nos concitoyens comptent pour les deux tiers du coût total des soins de santé. À cet égard, les Maillons santé offrent le potentiel de devenir des catalyseurs pour réaliser des économies, mais aussi pour offrir des soins de meilleure qualité et devenir la pierre angulaire de notre système de soins primaires en faisant le lien entre les patients et les soins communautaires. Avec Maillons santé, on peut mettre en contact un patient âgé de 82 ans, qui ne parle pas l'anglais, avec un coordinateur de soins et un interprète du CASC pour élaborer un plan de soins qui lui permettra d'éviter les séjours en salle d'urgence. On peut offrir un logement convenable à une patiente de 33 ans et s'assurer que son psychiatre, son médecin de famille et un travailleur social soient réunis pour l'écouter expliquer ce qui est important pour elle.

Voilà des histoires qui dépassent la portée des chiffres et qui montrent comme on peut aider ceux qui ont été laissés pour compte dans notre système de soins de santé. Nous avons maintenant 69 Maillons santé partout en Ontario. Ils font de bons progrès pour jeter des ponts entre les soins de santé et les services d'hébergement, d'éducation et de justice, afin de pouvoir travailler sur les conditions sociales et économiques qui ont un impact énorme sur notre santé et notre mieux-être – ce que l'on nomme les déterminants sociaux de la santé. Mon expérience personnelle me fait comprendre l'importance de cela. Pendant des années, j'ai travaillé ici, à Toronto, en tant que fournisseur de soins pour les réfugiés, les immigrants et les démunis du centre-ville. Leurs problèmes de santé étaient complexes, de même que leur situation. Mais nulle part, peut-être, ces défis ne sont-ils plus lourds que dans nos populations autochtones, où la clé du succès se trouve souvent dans la communauté elle-même, si l'on peut seulement accepter cela et les respecter en tant que partenaires égaux et importants.

Mais la médecine ne peut protéger les Ontariennes et Ontariens contre tous les risques pour la santé auxquels ils font face chaque jour.

Comme nous le savons tous, la pénicilline ne peut guérir la pauvreté et l'itinérance, mais en mettant en contact les patients avec les ressources, et ces ressources l'une avec l'autre, nous sommes mieux en mesure de leur venir en aide. Et bien sûr, si nous voulons que notre système fonctionne davantage à l'unisson, nous devons transformer le mode de rémunération. Il faut donc abandonner l'approche fragmentaire actuelle de rémunération des services payés à l'acte et la remplacer par des mesures d'incitation en fonction du parcours du patient, et non de l'activité du fournisseur de soins. Mesdames et messieurs, les manuels d'économie de la santé contiennent de bons exemples de réforme des paiements, mais à quoi cela ressemble-t-il en pratique? Et le patient, comment voit-il cela? Un excellent exemple de telles preuves en action vient du Centre de soins de santé St-Joseph de Hamilton, où j'ai suivi autrefois une partie de ma formation médicale. Grâce à Kevin Smith et à son équipe qui l'ont dirigé, cet établissement a été un véritable chef de file dans les soins regroupés. Comment cela? Eh bien, vous pouvez demander aux patients, comme Ilene qui est ici aujourd'hui, et qui sait tout cela bien mieux que moi. Selon moi, cela commence par axer les soins sur le patient.

Au lieu qu'une patiente parte à la recherche active de chaque aspect de sa prise en charge, on s'arrange pour que tous les fournisseurs nécessaires, des chirurgiens aux infirmières en passant par les physiothérapeutes et les préposés aux services de soutien à la personne, interviennent ensemble et soient payés ensemble un seul prix global pour faire partie intégrante du parcours de soins complet d'Ilene. Pour les procédures groupées comme les remplacements de la hanche et du genou, les retours à la chirurgie ont baissé de plus de 30 %. Les renvois à la réadaptation ont baissé de plus de 40 %, et on note des améliorations marquées au niveau de la satisfaction des patients.

De véritables innovations dans les modèles de financement des soins de santé, telles que l'expérience du Centre St-Joseph, se produisent lorsque nous adoptons une approche fondée sur des données factuelles pour les soins aux patients, en établissant l'ordre de priorité des programmes des interventions qui respectent les plus hautes normes de soins. C'est une des raisons pour lesquelles nous travaillons avec Qualité des services de santé de l'Ontario pour être un leader sur ce front. Nous devons être en mesure de mieux évaluer les résultats qui comptent pour les patients. Donc, où en sommes-nous? Et peut-être plus important encore : qu'en pensent les patients? Il faut impérativement connaître la réponse à ces questions pour ajouter une valeur réelle à notre système et tirer le meilleur parti des fonds attribués aux soins de santé. La prestation de soins accessibles et facilitant la prise de contact pour les patients nous permettra de construire un système de santé plus efficace et plus efficient, un système de santé qui récompense davantage la valeur que le volume, et qui est capable d'évoluer à mesure que les besoins des patients changent.

De même, alors que nous évoluons pour devenir plus responsables envers les patients, ce qui nécessite de les faire participer à chaque étape du processus de prise de décision, à tous les niveaux, nous devons aussi prendre les mesures nécessaires pour être plus transparents, de sorte que les patients peuvent faire des choix éclairés concernant leurs soins. Les Ontariennes et Ontariens ont le droit de savoir et de contrôler ce qu'ils mettent dans leur corps. Par exemple, pour préserver et créer des choix plus sains pour tous, ma collègue, la ministre associée Dipika Damerla, continuera à mettre en oeuvre la stratégie Ontario sans fumée et la Stratégie pour la santé des enfants. Nous veillerons également à ce que l'information calorique soit placée bien en évidence dans les menus des restaurants de l'Ontario.

En plus d'avoir davantage de contrôle sur leur alimentation et l'air qu'ils respirent, les Ontariennes et Ontariens ont également le droit de prendre les meilleures décisions possible lorsqu'il s'agit de leurs propres soins. Pour ce, il faut créer une culture de l'ouverture accompagnée d'un engagement indéfectible envers le respect de la vie privée des patients, parce que la transparence, utilisée de façon appropriée et responsable, est l'un des meilleurs outils à notre disposition pour améliorer les résultats et la sécurité des patients. Aujourd'hui, les hôpitaux ontariens rendent publiquement compte d'un plus grand nombre d'indicateurs de qualité que jamais auparavant. Les patients méritent d'avoir accès à cette information. Ils doivent tout simplement connaître le rendement de leur hôpital ou fournisseur quand il s'agit de leurs soins. Nous accédons régulièrement à ce genre d'information quand nous prenons des décisions à propos de notre alimentation ou de l'achat d'une voiture : quelle en est l'évaluation? Quelles ont été les expériences d'autres personnes? Les soins de santé ne devraient pas être différents, surtout compte tenu de la gravité des enjeux.

Donner la priorité aux patients signifie s'assurer qu'ils ont accès à l'information dont ils ont besoin pour prendre des décisions concernant leurs soins. Tout le monde a le droit de savoir si telle ou telle clinique a commis des infractions en ce qui concerne la lutte contre les infections ou qu'elle affiche un taux de complications plus élevé que la moyenne. Implicitement, notre système de santé devrait préconiser la divulgation, non le secret. Nous devons constamment nous poser la question suivante : si nous devions repenser notre système de santé, quelles sont les choses que les patients devraient absolument savoir? Comment pouvons-nous exploiter les données de façon à mieux protéger nos patients, afin qu'ils soient le moteur du rendement, en plus de profiter des progrès de la médecine dans notre système de santé? Cela devrait être le droit de chaque patient, et je travaille pour que nos politiques ici en Ontario nous rapprochent de cet objectif.

À présent, vous aimerez entendre ceci. Alors que je m'approche de la conclusion, puisque je suis sûr que vous commencez tous à avoir faim, je veux prendre un moment pour réfléchir à l'une de mes plus importantes responsabilités en tant que ministre de la Santé, à savoir la protection de notre système de santé universel pour les générations à venir. Il vaut la peine de défendre et protéger ce système. La santé est l'assise du progrès social. C'était la première phrase du rapport avant-gardiste du ministre Marc Lalonde, Nouvelle perspective de la santé des Canadiens, publié il y a plus de 40 ans. Nous avons parcouru un long chemin, mais il reste encore du travail à faire. En effet, de même que personne ne devrait jamais perdre sa maison pour payer un séjour aux soins intensifs, les Ontariennes et Ontariens ne devraient jamais être forcés de choisir entre acheter de la nourriture ou se procurer des médicaments.

Mesdames et messieurs, un régime national d'assurance-médicaments est un chaînon manquant de notre système de santé universel, en particulier pour les travailleurs pauvres de l'Ontario. C'est pourquoi nous travaillons avec d'autres provinces et avec les territoires pour donner plus d'extension à l'Alliance pharmaceutique pancanadienne, et je suis heureux de constater que l'Ontario prendra un rôle de premier plan dans l'organisation de cette initiative. [Applaudissements] Je ne savais pas que vous aviez tellement envie de parler de médicaments.

La logique économique veut qu'en profitant stratégiquement de notre pouvoir d'achat combiné, nous puissions contribuer à fournir de meilleurs résultats en santé et générer des économies à l'échelle du système. Cette approche a fait ses preuves. En devenant un seul acheteur, comme cela se fait ailleurs, nous pouvons économiser des milliards de dollars, tout en veillant à ce que les Ontariennes et Ontariens qui ont besoin de médicaments essentiels les obtiennent.

Nous sommes le seul pays industrialisé de l'Occident à avoir un système universel d'assurance-maladie sans programme national d'assurance-médicaments.

Nous n'avons pas besoin de choisir entre la gestion de notre courbe des coûts et la priorité aux patients. Mais pour cela, il faut être disposé à défier le statu quo – à trouver des moyens de mieux servir les patients – en renforçant les soins communautaires, en améliorant la transparence et augmentant la responsabilité, et en développant des modèles fondés sur des données factuelles qui nous diront si ce que nous faisons fonctionne. Nous ne devons pas avoir peur d'essayer de nouvelles choses et de nous éloigner des sentiers battus si ce que nous faisons ne fonctionne pas ou n'est pas dans le meilleur intérêt des patients.

Je sais que vous tous ici dans cette salle partagez aujourd'hui cette passion pour l'amélioration des soins de santé, et je vous suis reconnaissant pour le travail que vous faites chaque jour. Je sais que ce n'est pas facile. Mon travail aussi comporte ses complications. Parfois, la paix dans le monde semble plus réalisable comme objectif. Mais c'est un privilège que je refuse de perdre de vue parce que nous avons l'occasion ici, ensemble, de révolutionner les soins de santé dans notre province de manière à mieux servir les Ontariennes et Ontariens dans les mois et années à venir.

Je pense souvent à Mohammed et aux nombreux autres travailleurs de la santé et humanitaires, que j'ai eu le privilège de connaître au cours des années, et qui ont été tués en essayant de protéger leur collectivité de la violence et du mal. C'est ce qui m'a poussé à faire de la politique – afin de contribuer activement à notre démocratie; et d'aider à construire une société juste et équitable. Mais ces expériences m'ont peut-être également donné une perspective différente sur les difficultés dans notre secteur des soins de santé : aucune n'est insurmontable. Nous savons tous ce qui est en jeu, mais cette vision ne réussira que si chacun d'entre vous l'accepte aussi. Commençons donc à mettre en oeuvre ce nouveau plan d'action– Priorité aux patients, ensemble. Ça commence aujourd'hui. J'espère vraiment que vous vous joindrez à moi dans cet effort, et je vous remercie de votre présence ici cet après-midi. Merci!

(Fin)

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